Il est un peu plus de 11 heures, ce 24 décembre 1994, veille de Noël, quand un commando de quatre hommes, portant des uniformes de la compagnie Air Algérie, parvient à prendre le contrôle de l'A300 d'Air France, stationné sur le tarmac de l'aéroport Houari Boumediene d'Alger. Armés de fusils d'assaut AK 47 et de pistolets-mitrailleurs Uzis, les terroristes prennent rapidement le contrôle de la cabine et du cockpit du vol AF 8969 à destination de Paris.
Principale revendication du commando, la libération des deux chefs historiques du Front islamique du salut (FIS, officiellement dissous en 1992), Abassi Madani et Ali Benhadj, condamnés et emprisonnés en Algérie pour atteinte à la sûreté de l'Etat. L'autre revendication concerne l'autorisation d'un décollage à destination de Paris.
Ces exigences et ce détournement, relayés par les médias internationaux, font brièvement sortir l'Algérie du huis-clos sanglant aux allures de guerre civile entre islamistes et «éradicateurs» dans lequel s'enfonce le pays depuis 1992.
A bord de l'Airbus, le commando, dirigé par Abdellah Yahia, souffle le chaud et le froid :63 passagers, essentiellement des femmes et des enfants, sont libérés mais, dans le même temps, les exécutions commencent.
Brandissant des corans, hurlant des versets, intimant l'ordre aux passagères de se voiler, les quatre terroristes abattent de sang-froid trois otages : un policier algérien, un diplomate vietnamien et le cuisinier français de l'ambassade de France, Yannick Beugnet, dont le corps est jeté du haut de la passerelle.
C'est cette dernière exécution et la crainte d'un assaut sanglant des forces spéciales algériennes qui fait officiellement sortir Paris de sa réserve, et de sa solidarité avec les autorités algériennes pour tenter de résoudre la crise.